Bitcoin devient-il un actif macro comparable à l’or dans les portefeuilles institutionnels ?

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À mesure que les marchés financiers cherchent des repères dans un environnement d’inflation tenace et de politique monétaire scrutée au microscope, un débat longtemps cantonné aux cercles crypto s’installe au cœur de la gestion d’actifs : le Bitcoin est-il en train de devenir un actif macro à part entière, comparable à l’or dans les portefeuilles institutionnels ? Le sujet a pris une tournure plus concrète après les prises de parole de BlackRock lors de la conférence Bitcoin 2025, où son responsable des actifs numériques, Robert Mitchnick, a défendu l’idée d’un bitcoin désormais traité comme une alternative crédible au métal précieux. En parallèle, la flambée de l’or jusqu’à un record à 4 967 dollars l’once le 23 janvier 2026 a rappelé que la valeur refuge historique conserve une force d’attraction exceptionnelle, notamment sous l’effet des achats des banques centrales. Entre ancrage séculaire et rareté programmée, la question n’est plus de choisir un camp, mais de comprendre comment ces deux actifs se frayent une place, côte à côte, dans les stratégies de diversification et de réserve de valeur.

BlackRock et l’IBIT accélèrent l’institutionnalisation du Bitcoin comme actif macro

Le basculement le plus visible vient de Wall Street. Lors de Bitcoin 2025, Robert Mitchnick a expliqué que le Bitcoin ne se résumait plus à une cryptomonnaie spéculative, mais qu’il pouvait répondre à une logique macroéconomique comparable à celle de l’or, notamment en matière de couverture et de construction de portefeuille. L’argument central : un actif qui se transfère instantanément, se conserve sans logistique physique et reste divisible à l’extrême s’insère plus facilement dans l’architecture financière moderne.

Dans ce mouvement, le fonds iShares Bitcoin Trust (IBIT) sert de porte d’entrée. BlackRock a mis en avant des flux d’investissements venant de plusieurs régions, via des canaux domestiques et internationaux, signe d’une adoption qui dépasse une mode locale. Autre signal observé par les professionnels : l’intégration du bitcoin dans certains portefeuilles modèles, avec des allocations évoquées de l’ordre de 1 à 2 %, un niveau qui ressemble davantage à une brique de diversification qu’à un pari directionnel.

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Dans les équipes de gestion, cette normalisation change la discussion : le sujet n’est plus “faut-il acheter ?”, mais “quel rôle joue-t-il et quel budget de risque lui attribuer ?”. La question suivante devient alors inévitable : l’or, lui, évolue-t-il sur le même terrain ou conserve-t-il un statut à part ?

L’or à près de 5 000 dollars l’once : une valeur refuge portée par les banques centrales

Le 23 janvier 2026, l’or a inscrit un sommet historique à 4 967 dollars l’once, dans un contexte d’affaiblissement du dollar et d’interrogations sur la trajectoire de la Réserve fédérale. Après une hausse de 65 % en 2025 et une progression de plus de 14 % depuis le début de l’année, le mouvement a été lu par de nombreux desks comme davantage qu’un simple emballement : un ajustement à un monde où le risque géopolitique et la soutenabilité de la dette reviennent au premier plan.

Le moteur le plus souvent cité reste la demande officielle. Les achats des banques centrales, destinés à diversifier des réserves jugées trop exposées aux devises, renforcent la dimension d’assurance systémique du métal. Pour un gérant de trésorerie, l’or apporte une liquidité mondiale reconnue et un cadre réglementaire stable, deux attributs qui pèsent lourd lorsque l’objectif est la préservation.

La séquence politique a aussi joué un rôle dans la nervosité des prix. L’effet d’accalmie après le discours de Donald Trump au Forum économique mondial de Davos, notamment autour de questions commerciales, n’a pas duré, illustrant une réalité : sur les actifs refuge, la perception de stabilité compte autant que la stabilité elle-même. Dans ce paysage, l’or reste le thermomètre d’un stress de long terme, ce qui prépare la comparaison avec un bitcoin souvent présenté comme “hors système”.

Entre réserve de valeur et volatilité : deux actifs, deux temporalités pour l’investissement

Le Bitcoin revendique une rareté programmée — plafonnée à 21 millions d’unités — qui parle aux investisseurs inquiets de la dépréciation monétaire. Mais sa volatilité demeure le point de friction majeur dans les comités d’allocation. Mitchnick a lui-même illustré le profil du bitcoin par des épisodes de chute rapide suivie de reprises spectaculaires, un comportement qui peut séduire les investisseurs capables d’absorber des variations, mais qui complique son rôle de protection à court terme.

Un cas concret revient souvent dans les échanges entre allocataires : lors d’un choc de marché en août, le bitcoin a décroché avec le reste des actifs risqués avant de rebondir fortement dans les mois suivants. La lecture institutionnelle n’est pas uniforme : certains y voient une preuve de résilience à long horizon, d’autres la confirmation qu’il se comporte encore, par moments, comme un actif de croissance plutôt que comme une réserve de valeur défensive.

Cette distinction se traduit dans les pratiques. Dans plusieurs maisons, l’or sert de socle de protection, tandis que le bitcoin est traité comme une ligne d’investissement marginale destinée à améliorer le profil rendement/risque, à condition d’un calibrage strict. Pour suivre cette évolution des usages, des acteurs du secteur publient régulièrement des repères sur les approches d’allocation et de gestion du risque en crypto, qui montrent comment la contrainte de volatilité structure la décision bien plus que la conviction idéologique.

À mesure que l’usage progresse, un autre indicateur compte : l’intégration du bitcoin dans l’économie réelle, notamment via les rails de paiement. Les entreprises et prestataires qui facilitent l’acceptation et les transactions contribuent à réduire l’écart entre narration et utilité, comme le détaillent les analyses sur les plateformes de paiement en cryptomonnaies. Reste une question centrale pour les gestionnaires : cette adoption suffira-t-elle à stabiliser le bitcoin au point d’en faire un équivalent fonctionnel de l’or, ou seulement un complément de diversification ?

Dans les salles de gestion, la réponse se construit moins sur des slogans que sur des tableaux de corrélation, des contraintes réglementaires et une discipline de taille de position. C’est là que le bitcoin, pour devenir réellement actif macro, devra convaincre sur la durée.

Portefeuilles institutionnels : vers une cohabitation structurée entre or et Bitcoin

Dans la pratique, l’opposition frontale s’efface au profit d’une logique de portefeuille. L’or demeure l’actif-refuge universel, ancré dans les réserves officielles et dans les politiques de couverture traditionnelles. Le Bitcoin, lui, gagne du terrain là où les équipes cherchent un actif rare, numérique, potentiellement décorrélé sur certaines périodes, et compatible avec une infrastructure de marché devenue plus accessible via les ETF.

La cohabitation repose sur une séparation des rôles. Le métal précieux protège contre des scénarios de crise prolongée et de défiance monétaire, tandis que le bitcoin est souvent positionné comme une option de convexité : une exposition limitée, mais capable de peser dans la performance si l’adoption institutionnelle continue. Cette architecture explique pourquoi les allocations évoquées par BlackRock restent modestes : l’enjeu n’est pas de remplacer l’or, mais d’ajouter une brique qui modifie le profil global du risque.

Pour les investisseurs, la vraie ligne de fracture n’est donc pas “or contre bitcoin”, mais “quelle tolérance à la volatilité et quel horizon ?”. Tant que le bitcoin conservera des mouvements plus brusques que l’or, sa place dans les portefeuilles institutionnels restera généralement encadrée. Mais le fait même que cette discussion soit désormais menée par les plus grands gestionnaires, et non plus seulement par des spécialistes crypto, confirme un glissement : le bitcoin n’est plus uniquement un objet technologique, il se bat désormais pour un statut d’actif macro dans les allocations mondiales.